• Le courrier du dimanche

    Du Campement, le 120 415

    Ma chère Frangine,

    Une impression furtive
    une effluve
    une sensation
    un écho de la mémoire
    un mystère
    comme un secret encore voilé
    jusqu'à ce que l'on comprenne
    que l'on vient de sentir
    l'odeur du printemps.
    Je vois bien ta colère et ton dégoût, toute la corruption et l'injustice du monde parviennent à notre connaissance, ce monde qu'il faut aimer pourtant, de toutes nos forces, celui de nos enfants.

    Et puis pas mal de personnes s'en coltinent davantage la noirceur.
    Dans une vie il y a de grandes probabilités de se voir pleurer, souffrir, devenir orphelin, perdre, et même mourir. On s'adapte. Tous.
    Je vois bien ton inquiétude, pour la planète, pour toi et ceux que tu aimes, à cause des nuages et de la difficulté quotidienne, ici aussi bien sûr on ressent toute cette tension mais en même temps quelque chose est différent, d'une manière générale on se regarde davantage dans les yeux.
    J'ai pensé à notre conversation, je me disais qu'effectivement la bêtise est une impasse, mais il y a forcément quelque chose à faire pour cette femme, peut-être trouver où est son intelligence, il y a évidemment un endroit où il est possible de l'atteindre, son fils doit le connaître mieux que personne.
    Le chantier de la maison touche à sa fin, elle doit être prête pour l'arrivée de la Marmaille, Coloc Bingo prépare les lits en sifflotant, je couds des ourlets aux rideaux, dehors sous la tonnelle, avec le chant des oiseaux, Rocky peint les portes en mauve en écoutant Bowie.
    Au moment où je t'écris, passe à la radio Comme un avion sans aile, je souris à tous ces souvenirs qui arrivent en rafale : une expo à Nancy début des années 80, un repas chaleureux après un concert, la petite Anne qui écrivait des lettres et des lettres, le voisinage du 10ème, les paroles de la chanson que l'on connaît par cœur.
    Les temps changent, Sista, à une vitesse folle, mais ce n'est que la forme.
    Dans le fond rien ne bouge.
    Restons sur nos fondamentaux, vivre, aimer, rire - autant que faire se peut.
    Franchement, quelqu'un a mieux ?
    J'ai oublié de te dire que j'ai embrassé un garçon, une histoire impossible mais qui aurait pu l'être dans d'autres circonstances alors pour se le dire nous nous sommes embrassés une fois comme des amoureux. Cela en fait une belle histoire.
    Prends soin de toi et fais-toi la vie douce.
    Love, Peace, and be Wild.

    Lady Day
    (petite main)

    Aujourd'hui c'est poésie en pièce jointe.

    P.J. À l’enseigne

    La nuit est l’ancêtre et le jour l’enfant que l’on porte.
    Je transporte une mémoire qui ne m’appartient pas.
    La nuit est à mon âme tendue comme une enseigne pendue.
    Le rêve tourne et boite au fond des rues.
    La nuit est l’ancêtre, à mes lèvres, fendue.
    Le jour est de sa lettre, à mes lèvres, venu.
    Il n’y a pas de rêve là où le sommeil n’entre pas.
    Le gardien des portes a besoin de l’aiguille du monde
    pour faire le tour de ce qu’il nous montrera.
    Besoin de sommeil comme besoin de ce qui ne vient pas.
    La nuit veille sur ce qu’elle ne connaît pas.

    (Astrid Shriqui Garain)


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