• Le courrier du dimanche

    Du Campement, le 140 915

    Ma chère Frangine,

    Un orage sans fin
    nuit et jour
    les pluies chaudes
    la nuit dans le jour
    des éclairs
    le jour dans la nuit
    cascades de grondements
    les oiseaux en intermittence
    le reste des vivants
    louvoie en profil bas
    se demandant s'il est possible
    qu'une fois
    le ciel vraiment
    lui tombe sur la tête.
    3 millions d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté, écris-tu.
    comment les puissants peuvent ils vivre avec ça ?
    comment moi je vis avec ça ?
    Je n'ai pas encore de réponse.
    Je n'ai jamais su quoi faire avec la colère.

    Autour de la table ronde les conversations constatent le vieux monde, dissèquent sa culture de la peur, du malheur, et de la violence.
    Il y en a toujours un pour citer notre Vinau et conclure par un ici, ça va qui nous fait trinquer aux changements déjà là.
    Tu te souviens de cette phrase de Dune que tu répétais tout le temps : la peur tue l'esprit.
    Je suis comme toi touchée par tous ces festivals annulés cet été, mais il y en a d'autres qui naissent. Avec peut-être moins de moyens et pas ceux de l'argent public (on ne peut pas être dans l'avion et au festival) mais avec enthousiasme.
    Laissons donc s'en aller le monde que nous connaissons, il est à l'agonie, fermons lui les yeux et ouvrons les nôtres sur les nouveaux paysages.
    Nous sommes désarmés mais nous sommes des armées.
    Je retrouve le sourire quand je discute avec la jeunesse, des branleurs mais pas couillons.
    Je suis revenue à mon rythme de vie, celui de l'écriture, sans autres contraintes que celles que je me donne. Qui sont les rois du monde ?
    Je suis seule dans la maison au quotidien depuis quelques temps, il arrive des jours où je ne prononce pas un mot, je profite de cette configuration pour me recentrer.
    J'essaye de mettre ma conscience dans chacun de mes gestes.
    C'est plus simple à dire qu'à faire, mais le jeu est jouissif.
    A propos des hommes, la question est réglée.
    Elle est suspendue jusqu'à ce que l'un d'eux donne l'envie d'à nouveau la poser.
    En attendant, je n'attends pas.
    Sista, plus que quatre fois dormir et nous rigolons en direct.
    Je me réjouis de retrouver Paname et goûter les courgettes que tu y fais pousser.
    Prends soin de toi et fais-toi la vie douce.
    Love, Peace, and be Wild.

    Lady Day
    (dans l'axe)

    Aujourd'hui c'est poésie en pièce jointe

    P.J. Psaume de silence (extrait)

    Il se passe souvent avec les mots quelque chose
    d’assez semblable à cette sensation d’être surpeuplée,
    comme si tous les mots s’étaient si bien accordés
    de cette mémoire. On se dit qu’on ne peut pas y toucher.
    On croit par eux toucher aux visages des morts.

    Et puis soudain,
    sentir que le monde est peuplé de mots en soi,
    sentir ce souffle d’élévation vous grandir,
    sentir que vos rêves de grandeur ont raison d’être,
    que rien ne peut empêcher la parole ; qu’avant elle,
    il n’y avait pas de parole, parce que c’est la nuit, parce qu’on
    est cette seule lueur qui brille, parce qu’on croit, et
    que, sur cette seule foi, tout est sauvé.

    (Raphaële George)


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