• Le film du dimanche soir (30)

    LES ANGES ONT PARFOIS DES NOMS DE TRAIN

    Hélène Dassavray

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    Épisode 30

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    Passeport et étrennes en poche, il ne me restait plus qu'à organiser l'évasion et surtout trouver le courage, en connaissance de cause, de leur faire tant de mal.
    Il y avait un disque, rayé à force, qui me donnait de la puissance, Lavilliers et ses barbares venaient à sa rescousse : N'appartiens jamais à personne… Et puis, pour que disparaissent mes ultimes doutes, il me suffisait de penser à la vie auprès de Mina. Chez mes parents chaque jour était identique, chez Mina c'était toujours une surprise. Pour une fois je sais ce que je veux.
    Pour gagner du temps, j’ai dit que je dormais chez Catherine où j’avais caché mon sac. Je laisse ma chambre propre et rangée et une dernière question : que vont-ils faire de cette pièce mauve, une autre chambre pour des amis fantômes ?
    Je ne laisse pas de lettre, je n'ai rien trouvé à dire.

     

    Je termine les derniers mètres en courant, la porte est heureusement ouverte, je franchis le porche dans la foulée et les escaliers encore plus vite. Je m'arrête, essoufflée, sur le palier, regarde la porte vivante de l'appartement de Mina, émue - aux larmes naturellement.
    J’ai les jambes sciées de me retrouver là. Je dois m'asseoir, la tête me tourne, je ne retrouve plus mon souffle. Je me sens ridicule, assise devant cette porte à respirer comme une coureuse de fond, mais ce moment mérite que je m’y arrête, six mois que j’y pense ! Je m'appuie contre le mur du couloir et contemple les étoiles sur la porte de Mina.

    Je ne sais pas combien de temps j’ai dormi, je me réveille face à Marijo et Mina, hilares sur le pas de la porte.
    - Ben alors Leila ! Tu peux rentrer tu sais !
    J’entreprends des explications et puis me rends compte qu'elles sont inutiles. Personne ne se demande ce que je fais là, endormie sur le palier de Mina - le monde où je me sens normale.

    Je retrouve intact l'appartement, même le tableau de Franz est toujours posé dans l'entrée. Revient à ma mémoire tous ces moments où je me suis demandé si cet endroit existait réellement. Je reconnais l'odeur, la douceur, mes places favorites. Je regagne mon coin, devant la fenêtre, la ville rayonne.
    Il y a pourtant quelque chose de différent. Toutes les photos des garçons ont disparues du tableau, elles ont été remplacées par des photos de Mina et Coco, enlacés, amoureux. Marijo me fait un clin d'œil et il me semble bien voir un peu de rose aux joues de Mina. D'ailleurs à bien y regarder elle a changée elle aussi, encore plus lumineuse, le bruit de ses bracelets est décidément une des plus jolies musiques que je connaisse.
    - Bienvenue ! Dit Mina en me tendant le joint à allumer.
    Je me sens à nouveau légère, vivante.
    Après avoir fumé et sur une musique nomade de Santana, nous nous concertons.
    - Tu sais que tu ne peux pas rester chez moi ?
    - Oui je sais, les flics ont ton nom et ton adresse. Mais mes parents ne s'apercevront de rien avant demain.
    - Ça ira pour cette nuit alors. On avisera demain, j'ai prévenu des amis.
    - Il faut surtout que je trouve un boulot.
    - Pas de souci !
    Elles en ont déjà parlé, Marijo a un travail pour moi, serveuse dans un bar dont elle connait le patron, et où on ne me demandera pas mon âge.
    - Faut juste faire gaffe aux mains baladeuses.
    - J'ai les bons réflexes.
    De retour ici où tout est simple, je me dis que c'est l'autre face du monde qui est un rêve. Un mauvais rêve.

    A suivre


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